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Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 15:47

Rédiger une missive

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Un jour, Alexandre Eiffel s'aperçoit avec effroi qu'il est devenu une grande personne, un empaillé de trente-huit ans. Esclave de son agenda, il ne copule plus guère et se prélasse sans honte dans la peau d'un mari domestiqué, indigne du petit garçon rebelle et vivant qu'il fut, celui à qui son papa disait:

-Le Petit Sauvage, tu es un fou!

Alexandre décide de réveiller l'enfant en lui. Il quitte son épouse qui lui servait de bouillotte, rachète la maison où vécut le Petit Sauvage, part retrouver la Société Secrète des Crusoé et surtout Fanny, son bateau bleu et ses lèvres inoubliables. Mais les ans ont passé et le retour aux amours enfantines ne pourra se faire que grâce à Manon, la contrôleuse des volcans, qui fait si bien l'amour dans les branches des arbres.

 

 

Livre lu dans le cadre de L'épopée littéraire

Le texte suivant a été rédigé en tant que critique littéraire - un brin différente de celles que je rédigeais habituellement - pour l'épopée.

 

 

« Le Petit Sauvage, vous êtes un fou. Avec tout le respect que je vous dois, et les quelques formules appropriées à votre rang de cravatté, votre comportement m’enchante et me fait déchanter à la fois, me bouleverse et me pousse dans mes ultimes retranchements. Savez-vous, Petit Sauvage, qu’il m’arrive parfois de repenser à vos propos lors de nos rares entrevues au sein de la Société Secrète des Crusoé ?

 

A dire vrai, je n’étais pas le combattant que vous étiez. Ragaillardi par de maigres et éphémères victoires contre l’Autorité, vous persévériez dans une cause que vous jugiez juste : celle de l’Enfance. Ah… si seulement j’avais pu avoir les mêmes états d’âmes, ces croyances qui m’apparaissaient à l’époque comme des futilités provenant de nos jeux d’enfants, et qui s’avéraient être, « en vrai », la dernière forteresse contre un ennemi commun que nous sous-estimions : le Temps. Il m’a emporté, bien avant vous je dois dire, car je considérais vos débordements et vos écarts de comportement comme des enfantillages qui n’étaient pas même dignes, à mes yeux, d’être recouverts du terme de l’Enfance. Non, je ne les voyais que comme des balbutiements d’un Nouveau-né capricieux et délétère.

 

Voyez-vous par quelle désillusion a été bercée mon existence ? Très tôt, les Adultes étaient parvenus à me faire grandir plus que de coutume, à s’introduire dans mes pensées pour me donner cette illusion trompeuse (n’est-ce pas finalement l’apanage d’une illusion que de tromper ?) d’un Monde Adulte dans lequel ma place paraissait être déjà réservée. J’avais ce rôle à tenir, me disaient-ils, cette Destinée toute tracée - une prison dorée, en outre - vers laquelle j’étais amené inéluctablement. « Vous serez Avocat (avec un grand A, mônsieur) me disaient-ils ! » Que pouvais-je répliquer ? Je croyais alors qu’être Avocat faisait partie de moi, que c’était l’accomplissement d’une personne qui n’en était qu’au stade le plus primitif, celui de la germination. Plus tard, assis derrière un grand bureau de chaîne massif que j’avais fait fabriquer à l’autre bout de la Terre (elle n’était plus si grande, cette Terre, vue d’en haut), je me suis soudainement demandé ce que je faisais là. Quelque-chose manquait. « Où sont mes impatiences irrésistibles, ma férocité et mes désespoirs insondables ? » pensais-je (p.16). N’étaient-ce pas les mêmes inlassables questionnements qui vous taraudaient, au début de la Nouvelle Vie que vous fomentiez ? Je ne savais plus, j’avais dû trop enfouir mes sentiments par peur qu’ils ressurgissent subitement, pour parvenir à présent à y accéder à volonté. Ils étaient comme ces objets de valeur que nous enterrions étant petit pour les déterrer « quand nous serons grand », pour finalement plus nous en souvenir.

 

Si vous avez très tôt abandonné vos rêves d’enfant, vous devez comprendre, Petit Sauvage, cet état de langueur dans lequel on nous a plongés. Et encore, vous, vous aviez conservé bien au fond de vous, enfouie dans je n’sais quelle parcelle de votre Adultie, cette petite étincelle susceptible de briller à la moindre occasion. Un coup de grisou, dit-on, et ça implose. Je vous vois bien, Petit Sauvage, sur le point de reprendre les commandes de la machine, d’expulser de ce corps cette grande personne indolente et dépressive, fringuée comme un trader qui n’a plus que ses costumes pour être heureux. « Eh oh, réveille-toi gars ! Sors de là ! Evacue l’navire, tu coules ! Fuis les carcans du monde social, dégaine ton survêtement et fais sauter tes boutons de manchette, l’empaillé, car Alexandre Eiffel veut tirer un trait sur son existence d’Adulte ! » Vous aviez réussi à leur arracher le peu d’innocence qui vous restait, cette candeur qui à l’extrême devient de la naïveté ou de la niaiserie, mais qui à petite dose, distillée dans une personnalité rêveuse et curieuse, enchante les parents jusqu’à l’âge de dix ans. Et ensuite, rupture de contrat, on vous tire les oreilles comme à un enfant, et à grand renfort de désillusions et de phrases sévères, on vous brise votre Innocence et vous plonge dans le tourbillon de l’Adultie.

 

Je n’avais décidément pas l’âme à la rébellion. A l’époque, j’avais peine à considérer vos envolées lyriques comme crédibles et légitimes. Encore aujourd’hui, quand il m’a été donné d’apprendre votre désistement au sein de l’entreprise Eiffel, vos soubresauts fantaisistes et la légèreté de vos mœurs, le moule de l’Adulte que je représente - forgé par toutes sortes de responsabilités -, s’est demandé quelle abeille vous avait encore piquée. Et puis, bien qu’honteux d’accéder à de telles pensées, j’ai eu plaisir à entendre parler de votre rachat de la Mandragore, de vos ébats effrénés avec la Fanny de votre Enfance - redécouverte à travers Manon - et de la seconde vie de votre grand-mère à vos côtés. Vif, doté d’une envie de liberté viscérale, vous m’écriviez ces quelques mots dignes d’une ode à la révolution : « Je recouvrai séance tenante l’insouciance allègre des enfants qui ne s’inquiètent pas des exigences de la vie matérielle. A l’heure du goûter, il me suffirait de me rendre à la cuisine pour y trouver des tartines à la gelée de groseille préparées par Tout-Mama ». (p.79).

 

Sur le bord d’un gouffre que je ne peux franchir, je contemple le versant de ce monde, dont quelques murmures me parviennent. Un nombre réduit d’empaillés a franchi le pas, une infime partie – comme vous - a brisé les chaînes d’un esclavage moderne, peu ou prou ont considéré que le sens de l’existence revenait à sublimer les petites choses du quotidien d’une pointe d’originalité. D’une île secrète au Québec, vous vouliez EBRANLER LE MONDE. Versatile, indécis, volage, dissipé, l’enfant ténu qui est en moi vous envie. Et vous remercie. Jusqu’à votre dernier souffle, vous êtes parvenu à inverser le cours d’une existence morose et sans grande folie. Votre « odyssée intime », comme vous la nommiez, je l’ai lu. « J’ai formé le dessein de rédiger un ouvrage qui, dans sa forme même, refléterait ma singularité retrouvée, un texte dont la composition évoluerait pour mieux restituer les métamorphoses intérieures que j’ai recherchées ou subies. Débutant comme un roman pour adultes, il prendrait ensuite les apparences d’un livre pour enfants en couleurs. Si ces pages pouvaient être publiées un jour sous une couverture sérieuse et inciter ne serait-ce qu’un seul lecteur à réveiller l’enfant qui dort en lui, alors je serais comblé » (p.248).

 

Le Petit Sauvage, tu as fait de ta vie une grande aventure (me permets-tu la proximité du tutoiement ?). Digne d’être contée, ta destinée a traversé les frontières de l’extravagance et de l’indépendance. Attends-nous ! nous aimerions tant te suivre… »

 

 

 

L'épopée littéraire est allée dans les quatre coins de la France, chez Yv, Margotte, histoires-de-livres et Ameni. Leurs critiques seront publiées au fur et à mesure. Cet article sera mis à jour progressivement.

Merci aux participants d'avoir joué le jeu malgré les retards, les indécisions, les problèmes de connexion Internet, etc. bref, tous les petits imprévus !

 

Retrouvez les autres critiques (je vous conseille d'aller les lire, elles permettent de confronter les points de vue) aux liens suivants :

 

http://histoires-de-livres.over-blog.com/article-le-petit-sauvage-alexandre-jardin-85002151.html

 

http://ameni.over-blog.fr/article-le-petit-sauvage-d-alexandre-jardin-87776352.html

 

http://lyvres.over-blog.com/article-le-petit-sauvage-81838007.html

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Mardi 19 juillet 2011 2 19 /07 /Juil /2011 17:03

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Cette BD silencieuse aux dessins magnifiques, semblables à des photographies, est le destin romancé de millions de nos « minorités ».

 

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« Pourquoi tant d'hommes et de femmes sont-ils conduits à tout laisser derrière eux pour partir, seuls, vers un pays mystérieux, un endroit sans famille ni amis, où tout est inconnu et l'avenir incertain ? Cette bande dessinée silencieuse est l'histoire de tous les immigrés, tous les réfugiés, tous les exilés, et un hommage à ceux qui ont fait le voyage ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’avais été un peu dégoûté par toutes ces bandes dessinées célèbres et rentrées dans notre patrimoine culturel. Je voulais sortir des carcans que nous imposent les classiques pour aller au-delà des fondamentaux de la BD.

 

Une très bonne surprise pour cette bande dessinée où les couleurs sépia sont peu nombreuses, les dialogues inexistants mais l’aspect visuel extrêmement aigü. Là où vont nos pères est un concentré de finesse et de simplicité, une pépite qui pousse le lecteur - tout à fait naturellement -, à une attention visuelle exacerbée par la multiplicité des détails éloquents et des allusions portées en bande dessinée avec subtilité.

 

La bande dessinée commence avec une première page qui compte une multitude de portraits, de faciès de personnes malheureuses à la moue dubitative et aux lèvres retroussées. Ce sont, dans un panorama à vous déchirer le cœur, des citoyens du monde de toutes nationalités représentés par ces photos d’identité que l’on arbore habituellement sur nos passeports. Héros d’une odyssée muette, ces « petites gens » d’une histoire sans H majuscule s’apprêtent à être les protagonistes d’une tragique déchéance.

 

Les couleurs de vieilles photos, jaunies par le temps, retranscrivent avec éloquence cette morosité ambiante qui entoure le départ de ces milliers de personnes. La couverture mordorée, teintée d’un brun chaud aux reflets dorés, donne davantage de crédit à la tristesse qui accompagne les séparations et les départs forcés.

 

 

 03 arrival p5L’auteur, en trois coups d’un crayonné appliqué, délicat et détaillé, doux et sombre à la fois, se fait le témoin fictif de leur désespoir. Là où vont nos pères n’est pas simplement l’histoire d’un homme isolé, mais l’histoire d’un homme parmi tant d’autres, d’un symbole chargé d’être le porte-parole de toute une génération de migrants.

 

Mais Shaun Tan ne s’évertue pas à en dénoncer les travers dans toute sa brutalité, il insère une dose d’imaginaire dans un réel maussade et angoissé. Comme un artisan du bonheur, un sorcier de la BD, il gratifie ses dessins d’une dose de fantastique et d’une magie endiablée, cocktail explosif pour une alchimie assurée entre lecteur et bande dessinée. Il y a dans ce tragique destin de migrant un certain charme - pour ne pas dire un charme certain : Shaun Tan transforme la périlleuse réalité de ces formes humaines en une aventure fantaisiste dans un ailleurs allégorique, où les petites choses du quotidien sont simplement différentes des nôtres. Le lecteur est forcé d’adopter un regard nouveau sur l’existence ordinaire.

 

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Cet ordinaire, c’est l’arrivée dans un New-York parallèle, un Ellis Island étonnamment moderne et exotique, une langue aux multiples hiéroglyphes, aux étranges schémas et aux objets à l’utilité peu banale. Tous ces éléments sont les facteurs d’une réflexion plus profonde, centrée sur la compréhension qu’une autre coutume est possible. Ce père de famille apporte avec lui une valise qui contient quelques souvenirs d’un monde dont nous comprenons tout. Dans cet Ailleurs, là où vont nos pères, le lecteur est aussi perdu que le personnage. C’est une odyssée commune, main dans la main, qui nous fait entrer dans un univers original et artistique, alambiqué presque, composé de montgolfières et d’animaux aux mille queues.

 

Le destin lui fait rencontrer un animal hors du commun, une mystérieuse et non moins belle inconnue qui le guide dans ce labyrinthe de dédales et d’indications chiffrées, un père et son garçon qui lui font découvrir leur mode de vie… Leur rencontre est l’occasion de comprendre pourquoi ces pères-là se sont réfugiés dans cet endroit irréel, semblable à un paradis terrestre pour naufragés politiques. Placés dans un non temps, une utopie lointaine de tout repère assimilable à notre monde, ces personnages sont autant de pantins et figurines qui traduisent les tragédies de nos propres migrants, des laissés-pour-compte de nos sociétés. Difficulté d’intégration et de communication sont l’apanage de ces nouveaux-venus. Mais ce lieu est un signe d’espoir : un potentiel « meilleur » est possible, loin de chez soi.

 

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Au travers des yeux de cette âme en détresse, on découvre toutes les polémiques d’un monde moderne où les différentes civilisations s’entrechoquent et les religions coexistent sur des mêmes plaques terrestres. Là où vont nos pères va plus loin qu’une simple bande dessinée, vectrice d’un message de paix, elle assène aux politiques nationales mercantiles un véritable coup de marteau et prône une juste égalité et une équité – quoiqu’un peu fragile – entre tous ces pauvres martyrs. Peu importe votre nationalité, vous êtes qui vous êtes. Bel espoir pour bon nombre d’entre-nous.

 

 

 

En bref  

Chaleur, humanité, inventivité, poésie, humour. "Claque visuelle", diront certains, "aventure inoubliable" pour d'autres.

 

Pour aller plus loin

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Communauté : Salon Lecture
Mercredi 13 juillet 2011 3 13 /07 /Juil /2011 15:37

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Face au chaos dans ma bibliothèque, la meilleure solution reste pour moi celle de l'inertie !
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Communauté : Salon Lecture
Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 14:21

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« Le Reichsführer Himmler bougea la tête, et le bas de son visage s'éclaira...
- Le Führer, dit-il d'une voix nette, a ordonné la solution définitive du problème juif en Europe.
Il fit une pause et ajouta :
- Vous avez été choisi pour exécuter cette tâche.
Je le regardai. Il dit sèchement :
- Vous avez l'air effaré. Pourtant, l'idée d'en finir avec les Juifs n'est pas neuve.
- Nein, Herr Reichsführer. Je suis seulement étonné que ce soit moi qu'on ait choisi... »
 
 
 
« A qui puis-je dédier ce livre, sinon aux victimes de ceux pour qui la mort est un métier ? »
 
  
 

 

 

La mort est mon métier est une biographie romancée de 384 pages centrée autour d’un personnage odieux et complètement déshumanisé. Ce bouquin nous plonge au cœur de l’abominable machine à tuer qu’est le camp d’extermination d’Auschwitz, et dans l’effroyable vie de Rudolf Lang (Rudolf Hoess), commandant SS monstrueux et père de famille bienheureux à ses heures perdues. Robert Merle retrace la vie, de son enfance à sa condamnation, de ce jeune homme autoritaire, impitoyable et torturé, de ses treize ans à ses années folles – consacrées à la « lente et tâtonnante mise au point de l’usine de mort » du village d’Auschwitz.

 
Son enfance est triste et glaçante. Une enfance jugée responsable du comportement de Rudolf à l’âge adulte, et sous l’effigie d’un père sévère, paranoïaque, et d’une mère absente et incapable. La tendresse et l’affection de la bonne ne pourront jamais compenser. Rudolf Lang a été élevé dans le respect des choses bien faites, dans l’amour de sa patrie et dans une éternelle haine des Juifs, qui correspond à la montée au pouvoir d’Hitler. Son perfectionnisme et sa fidélité le mèneront dans les plus hautes sphères de la hiérarchie. On suit donc le parcours chaotique d’un antihéros obsédé d’obéir aux ordres, et pour qui la réussite dépasse tout entendement jusqu’à en devenir une véritable obsession. Lang s’engage d’abord dans l’armée allemande, puis dans le parti nazi. Cette volonté de réussite reflète son envie de fuir un quotidien banal et inintéressant, tout en retrouvant le cadre autoritaire qui fut celui de ses jeunes années. On y comprend bien, dans l’horreur, de quelle manière le nazisme avait organisé de vraies carrières d’hommes criminels, et par quels procédés les allemands y étaient entraînés, sans aucun remord. Evidemment, ceci ne justifie et ne légitime en aucun cas les actes de ces SS.
   
L’auteur cite lui-même en préface : « Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l’impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l’ordre, et par respect pour l’Etat. Bref, en homme de devoir : et c’est en cela justement qu’il est monstrueux » (Robert Merle, 27 avril 1972).  
   
Tantôt « attendrissant » dans son cynisme (notez bien la présence des guillemets), tantôt antipathique et insupportable, il est celui qui ordonne le massacre de milliers de personnes. Pis, il le « perfectionne ». De quoi vous glacer le sang. Sentiment inqualifiable face à ce spectacle inhumain, le livre nous plonge dans la tourmente, où terribles sont les idées de Rudolf, et déroutantes sont ses actions. C’est l’un des rares livres où des bourreaux sont mis en scène, et où l’on côtoie, graduellement, tout le processus d’invention de la solution finale.
 
Des camions d’asphyxie aux fours crématoires, en passant par les chambres à gaz, les êtres humains ne deviennent que de vulgaires unités, rabaissés au rang d’animaux. Tout est si minutieusement calculé afin de mettre en place la plus grande entreprise d’extermination jamais créée. L’infernale imagination des têtes pensantes de ce massacre est parfaitement retranscrite. La fin de ce livre marque la fin de l’holocauste, et l’espoir d’un monde meilleur. Mais cette fin laisse avant tout le lecteur dans un sentiment d’horreur et de haine… Comment peut-on tuer si froidement ? Difficile à aimer, ce bouquin nous plonge dans les pensées d’un officier SS, à la première personne du singulier, meneur de la plus grande boucherie du siècle dernier. Comment ne peut-on pas espérer sa mort ? Il fut pendu après son procès…
   
Perplexe, certain d’avoir lu l’un des pires livres sur la Seconde Guerre Mondiale, et contraint dans le même temps d’avouer que stylistiquement parlant, le livre est d’une qualité indéniable. Ca détonne. Comment ne pas être touché ? Le seul fait de lire cette œuvre terrible vous plonge dans un enfer sans fin (fond), tant les descriptions sont poignantes et écœurantes. Un livre historique à ne pas mettre forcément entre toutes les mains.
 
Annexe
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Communauté : Salon Lecture
Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 10:59

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Vacances : petites lectures et gros repos !

... petit billet pour grosse flemme !

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Les couvertures cartonnées et les pages épaisses au toucher des livres de la bibliothèque verte vous renvoient au temps de votre enfance, lorsqu’Internet et son effervescence n’étaient qu’un prototype qui ne connectait pas le monde et ne faisait pas encore de nos sociétés des sortes de fourmilières affairées de toutes parts, à la recherche de la futilité, emprisonnées dans un tourbillon de « données ». Il est bon et reposant parfois de se fermer à cette frénésie ambiante et d’arrêter, le temps de quelques nouvelles, l’intrépide temps. L’odeur des pages jaunies ou l’ultime rempart... nostalgie nocturne, quand tu me tiens.

 

Je souhaite tout d’abord souligner la réelle difficulté dans le travail d’un nouvelliste pour allier le caractère bref de la nouvelle à la nécessité de présenter un fond de qualité, pour pallier le désir d’être prolixe et pour parvenir à un savoureux condensé de son talent. Le doigté de Daudet n’inspire que respect. Tentez vous-même, dans vos chroniques blogguesques, de ne pas vous attarder sur les détails de second plan tout en donnant vie à votre chronique. Alors, pas facile, hein ? Moi qui ne suis pas capable de développer une idée sans taper frénétiquement sur mes touches jusqu’à la crampe ou la transe, pour finalement aboutir au satané résultat du gros pavé que je ne parviens jamais à shunter… je salue l’artiste.

 

Les quelques interventions directes d’un narrateur intrusif qui interpelle le lecteur permettent une proximité entre les deux entités. Pour faire une comparaison, les interventions directes sont comme ce quatrième mur, ce grand mur virtuel au théâtre, que l’on casserait pour qu’acteurs et spectateurs soient enfin réunis. Dans les Lettres de mon moulin, la pièce n’évolue pas indépendamment d’un quelconque lecteur, puisque ce dernier est pris à partie, et sa patience est dument récompensée par une morale qui sait toujours arriver à point.

 

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La légende de l'homme à la cervelle d'or

 

 

Daudet nous conte des historiettes peu communes, des anecdotes, nous promet-il, avec du paysan, du péché, du rebondissement et de la chute. Bref, l’apanage d’une nouvelle campagnarde réussie avec brio. Daudet sort tout l’attirail de la nouvelle pour que le lecteur ne puisse lui échapper. Cependant, ce sont des contes à lire avec modération, avec une certaine patience et un peu de courage. J’ai terminé Lettres de mon moulin à 1h20 du matin, et je peux vous assurer que malgré mon insomnie, je n’avais pas toutes mes capacités intellectuelles et ma concentration pour boire les paroles de cet énergumène de Daudet. Cependant, ne buvez pas trop ses paroles, l’auteur se trahit parfois et révèle une (troublante) face antisémite de sa personnalité, qui promet d’être dérangeante à la lecture. Les nouvelles ne se concentrent que sur les beautés éphémères d’une nature enchanteresse, l’auteur s’extasiant à des degrés différents des richesses du milieu au sein duquel il s’est retiré. Mais cette retraite est parfois bien ennuyante, autant pour l’auteur que pour le lecteur… Pour preuve, le dernier conte inverse la donne et s’inscrit littéralement en porte à faux vis-à-vis des autres récits : Paris lui manque, à ce cher Daudet, l’évocation de cette ville emplie le poète de nostalgie.

 

La relation de Daudet avec la nature est apaisante, reposante, sereine, et entraîne un profond sentiment de quiétude. La lecture est parfois fastidieuse si l’intérêt n’y est pas. Ne faites pas l’erreur, comme moi, de lire Lettres de mon moulin d’une traite. Monument de notre patrimoine culturel, les Lettres de mon moulin demeurent un chant à notre Provence tendre et généreuse.

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Communauté : Salon Lecture
Lundi 27 juin 2011 1 27 /06 /Juin /2011 12:06

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Pierre Desproges, c’était une envie de lecture motivée par Le Tribunal des flagrants délires, une émission conçue sous la forme d’un tribunal dans lequel des personnalités appartenant à tous les domaines artistiques ou politiques étaient invitées à comparaître. Mais un tribunal présidé par Claude Villers, un procureur de « la République Desproges française » représenté par un humoriste, et un avocat nommé Luis Rego, peuvent-ils réellement faire bon ménage ? Chroniques de la haine ordinaire, ce bouquin rédigé d’une main d’artiste par un Pierre Desproges à la vanne facile et blâmant plus vite que son ombre, est un tribunal supplémentaire, corrosif et satirique à souhait.
 
.2, le plus portable des livres
Mais Chroniques de la haine ordinaire est également un prétexte alliant l’utile à l’agréable pour découvrir le format .2 - celui que je ne voulais pas acheter, jugeant que les prix n’étaient pas assez abordables. Eh bien, pas de surprise, j’ai craqué. Ce tout nouveau format, présenté comme une révolution dans une vidéo parodique, est l’occasion de me frotter à Desproges et de « toucher » un peu du .2. Je suis agréablement surpris, tant par le format qui peut facilement être glissé dans une de vos poches (« le plus portable des livres », clame le site internet), que par le papier utilisé, plus léger, plus lisse, plus agréable au toucher… mais malheureusement plus fragile. Le format permet de rogner sur les marges, de condenser un Proust dans un .2 tout en offrant un véritable confort visuel. Que demande le peuple ? L’autre atout majeur est celui de la praticabilité, puisque le .2 peut rester ouvert sans avoir besoin d’y mettre les deux mains, de plier le livre ou d’inventer un stratagème férocement inutile.
 
Souplesse, gain de place et solidité, le site internet vantait les mérites « d’une révolution du papier », je crédite partiellement leurs propos et invite les papivores à en acheter un exemplaire. Petit bémol, cependant. Le prix... puisqu’à chaque centimètre de perdu, un euro semble s’être additionné. Il vous faudra encore attendre quelques années pour que cette tendance au format ultra-poche se démocratise. L’autre nuance que je voulais apporter est liée aux mots utilisés dans la vidéo promotionnelle, qui présente le .2 comme une révolution en marche de notre livre papier. Révolution je ne crois pas, mais évolution, peut-être. N’ayez crainte, le livre de poche, celui que Giono considérait comme « le plus puissant instrument de culture de la civilisation moderne »,  ne va pas disparaître de si peu. Ce n’est pas son sens de lecture à 90° qui va faire de l’ombre au géant de poche.
  
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Chroniques de la haine ordinaire
Venons-en au billet sur le livre Chroniques de la haine ordinaire. Pierre Desproges possède assurément une écriture acide, piquante, parsemée de nombreuses références qu’il distille au creux de ses pages, au détour de ses chroniques. Ses références mettent le doigt sur des lacunes et des difficultés de compréhension pour ceux qui n’ont pas eu la chance de connaître cette époque des années quatre-vingt. Les faits politiques, les événements et les scandales propres à cette décennie sont parfois délicats à percevoir, tant Desproges joue sur le tacite et les possibilités langagières. Du gros mot à la boutade salace, l’animateur n’a pas peur de manquer de bon goût et s’octroie quelques petits plaisirs syntaxiques. Son vocabulaire richement imagé et les trésors d’imagination qu’il déploie afin de varier ses chroniques permettent de ne jamais lasser le lecteur ou l’auditeur potentiel, tant il sait être acerbe et hautement ironique, rôdant très souvent aux frontières de la cruauté et de la méchanceté. Il sait bien souvent se blottir dans un entre-deux savoureux, entre blâme et sarcasme, pour fustiger les fonctionnaires, les speakerines et autres célébrités d’un soir, les auditeurs d’un jour, le cancer (encore et toujours lui), les journaux télévisés, les grévistes, les jeunes et le fil rouge autour des portions de crème de gruyère. A chaque chronique sa cible.
   
En bref
Le style très alambiqué est savoureux, les mots chantent et font déchanter les victimes de cet humoriste à la dent dure. Faisant preuve d’un humour noir, grinçant à souhait, qu’il allie à des facilités littéraires indéniables, il aborde d’autres thèmes atemporels, comme ceux de l’antisémitisme, du terrorisme, des hypocrisies gouvernementales, des misères de l’actualité qu’il revisite librement et de la faim dans le monde, de Dieu… bref, tout y passe et y trépasse. On pourrait simplement lui reprocher le fait d’être abusif et tendancieux. Mais on le pardonne facilement. En bref, une réussite pour Pierre Desproges et le .2.
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Communauté : Salon Lecture
Vendredi 17 juin 2011 5 17 /06 /Juin /2011 12:04

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su blackwell papillonsJ'en profite pour vous faire découvrir une merveilleuse artiste britannique qui transforme ces objets de nos vies quotidiennes, les livres, en de véritables créations artistiques. Toutes les photographies de cet article sont les oeuvres de cette artiste intitulée Su blackwell. Visitez son site, rubrique Portfolio.

 

 

N'est-ce pas...

 

tout simplement...

 

magnifique ?

 

 

 

 

 

 

 

 

On pense toujours qu'à l'approche des vacances, la réduction des impératifs scolaires combinée à un magnifique soleil de juin, va nous pousser à lire davantage. Erreur ! bon, il faut dire que j'ai été un peu surchargé en ce moment, entre une opération, un programme à boucler et une irrépressible envie de ne rien faire. Du coup, voilà une semaine que je n'ai toujours pas terminé un seul bouquin - sauf celui de Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes, captivant au début, puis terriblement déçevant et ennuyant au fil des pages. Bouquin qui ne recevra donc aucune chronique, par faute de temps - encore. Du coup, j'étais un peu déçu de n'avoir pu pleinement participer à aucun challenge organisé sur la blogosphère, qui en recèle pourtant un sacré nombre. Pour me motiver, j'ai donc décidé d'en organiser un, de vous faire plonger dans le concept d'une épopée littéraire, de vous faire partager ma vision d'une littérature sans frontière.

 

"L'épopée littéraire", parlons-en. Késako ? Là, c'est le moment où vous frétillez d'impatience à l'idée de connaître le principe d'une épopée littéraire. J'ai toujours considéré que l'accès à la lecture ne devait être freinée par aucun obstacle, et que tous ceux qui le désiraient pouvaient avoir sous la main une petite lecture, douce et légère, ou même un gros pavé, aventure fastidieuse mais non moins agréable. On nous apprend à lire depuis notre jeune âge, la lecture est un principe universel auquel toute personne doit pouvoir accéder à partir du moment où elle le désire. La lecture représente pour moi un accès à la culture, une porte ouverte sur le monde, une dimension fantastique en somme, que nous ne pouvons renier. C'est grâce à la lecture que nous nous formons, et nous possédons aujourd'hui, lecteurs assidus de la blogosphère, une "bibliothèque" derrière nous, symbole d'une grande fierté et de longues heures de douce rêverie. De Oui-oui au Club des cinq, de Fantômette aux Chair de poule, du fantastique à Agatha Christie, mon cheminement jusqu'aux grands classiques de la littérature a été un processus long, mais naturel. Aussi diverse que variée, la lecture est un plaisir solitaire qui m'arrache toujours un sourire à son évocation, et représente pour moi un moment de volupté qui me fait expérimenter un large éventail d'émotions, une liberté à peine maîtrisée, une sensation de plaisir infini et de profonde tranquillité intérieure.

 

 La lecture, partout, à toute heure et accompagné de n'importe qui, n'est-ce pas la plus grande des petites choses ? Mettons un peu de couleur dans un univers qui cultive, parfois, la sobriété. L'épopée littéraire est ainsi une manière de toucher à ce concept de lecture universelle, sans limites ni barrières, comme un partage entre des gens qui ont les mêmes considérations, des dilettantes aux grandes ambitions. La lecture n'est pas qu'une activité individuelle, repliée sur elle-même : elle est capable de s'ouvrir à d'autres horizons. Le principe est simple : l'un de mes livres voyage à travers la France entière, reste quelques semaines chez l'un des participants, et repart chez le suivant. La seule condition exigée est d'avoir un blog littéraire pour qu'une chronique soit postée par tous les participants à la fin de l'épopée - et que le bouquin me revienne un jour. La seule dépense constitue les frais de port. Alors, motivé(e) par cette idée ?

 

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Parce qu'on ne s'en lasse pas.

 

Ceux qui se sont déjà engagés sont les suivants : Les livres de George Sand et moi, Le blog de Yv, Ameni, Vagabondages and co, Histoires-de-livres. Si d'autres souhaitent participer, ou faire passer le mot, n'hésitez pas. D'autres informations vont vous parvenir prochainement. Bonnes lectures !

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