Chapitre II : 1984, George Orwell

Publié le 16 Mai 2011

 1984-livre

 

 

 

 

« De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d'en face. Big Brother vous regarde, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston... Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance. Seule comptait la Police de la Pensée. »

 

 
 

 

 

 

 

 

 

1984 de George Orwell dépeint avec grand réalisme un monde totalitaire ravagé par un mode de pensée absolu, un peuple incrédule privé de toute richesse et une guerre outrancière. Mais c'est également, et c'est en cela que la terreur anime le lecteur, un univers factice qui contient toute la technologie nécessaire pour contrôler de bout en bout la société, entretenir les pensées de ses citoyens et exercer une force de persuasion telle que l'unique voie du bonheur se résout pour chacun d'entre-eux dans l'amour du Parti. Big Brother et son regard omnipotent est l'opium du peuple.

 

Contrôlé, uniformisé, des repas jusqu'aux habitations, à aucun moment de la journée le peuple n'est libre. La masse est alors abrutie par un totalitarisme absolu, une manipulation constante et une éducation basée sur le règne de la délation et de l'idôlatrie. Le lecteur est en droit de se questionner sur l'impassibilité du peuple : n'y a t-il aucune volonté de rébellion ? C'est par une haine galvanisée, régulée et déversée dans un seul visage - le bouc-émissaire de toute une nation -, que toute volonté d'emprunter des chemins différents se révèle être impossible. Télécrans, affiches omniprésentes de Big Brother, Ministères aux doux noms calomnieux et aliénation intellectuelle sont l'apanage de cette société et autant d'éléments qui amènent à une réflexion sur notre propre réalité. Le peuple n'est que servitude et ignorance : n'a t-il d'ailleurs pas la conviction d'appartenir à un régime idyllique ?

 

Ce qui est le plus à même de déranger le lecteur, dans 1984, c'est la position du Frère, Big Brother, à la fois omniprésent et physiquement absent. Par l'effet d'identification naturelle au personnage que l'empathie déclenche, vous vous sentez épié par ce visage immortel et adulé ; vous vous sentez suivi au fil des pages par la Police Secrète qui ne perd pas une miette de vos moindres gestes et mimiques, il vous viendra même à l'idée que votre téléviseur, celui qu'il vous arrive de mettre en marche, est en réalité un télécran : ne trouvez-vous pas que cela prend des airs de télé-réalité ?

 

Mais l'annonce d'un changement progressif du personnage principal est perceptible par la distance qu'il émet avec cette machiavélique machine à tuer. Il incarne l'espoir et le souvenir : deux valeurs qui lui vaudront des souffrances et des tortures infligées par le Ministère de l'Amour. Raison ?


"Crime par la Pensée"

 

L'oeuvre de George Orwell, entre science fiction et dystopie, est l'étude d'une politique qui étouffe toute liberté d'expression et façonne un monde totalitaire que l'on aimerait tant ne pas voir exister. Et pourtant, dans ce chef d'oeuvre de la littérature contemporaine, le brillant créateur de cet univers effroyable s'est inspiré de régimes d'après-guerre pour créer celui dans lequel Winston évolue. Océania ne représente pas seulement le lieu où aucun échappatoire n'est pas possible, mais est également le parangon de l'hypocrisie et de la lâcheté.

 

La philosophie du régime est soigneusement retranscrite et proférée telle est vérité intangible :


« La Guerre c'est la Paix, La Liberté c'est l'Esclavage, l'Ignorance c'est la Force. »

 

Ces quelques mots portent en eux les stigmates d'un monde bouleversant, qui à chaque instant de notre lecture nous rappelle que Big Brother nous regarde. Je me suis moi aussi senti emprisonné dans un système auquel on ne peut réchapper, l'âme corrompue par un mécanisme de groupe, intellectuellement mort.

Ce roman donne matière à réflexion sur le régime totalitaire et ceux qui peuvent exister, insidieusement dans nos sociétés occidentales : le totalitarisme est mis à nu et expliqué sous toutes ses formes les plus aberrantes. Dans une organisation qui étouffe toute initiative personnelle, qui proscrit la personnalité de l'être et proclame des valeurs communautaires, une étincelle de dissidence s'immisce, et permet au lecteur de comprendre toute la barbarie des techniques employées : torture psychologique, physique et contrôle de la pensée.



C'est, en quelques mots, une oeuvre effroyable mais fascinante, que l'adaptation cinématographique de Michael Radford (sortie en 1984, et dont le trailer est disponible ci-dessus) parvient à traduire fidèlement en image.

Rédigé par L'épopée littéraire

Publié dans #Romans

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Marion 24/10/2011 14:25



Je n'ai pas vu le film, mais j'ai vraiment adoré le livre! Je pense que je ne vais pas tarder à lre relire



Alix 20/06/2011 15:19



Bonjour! J'aime beaucoup votre blog, c'est très bien rédigé et les avis que vous formulez sur vos lectures sont très complets. J'ai bientôt fini 1984 et j'adhère tout à fait à la vision que vous
proposez de cette oeuvre. Je me demandais si vous étiez inscrite à un forum littéraire, car je recherche un endroit convivial où je pourrais partager mes impressions, et découvrir de nouveaux
auteurs. Je ne suis pas assez disponible pour créer un blog. Vous pouvez me répondre par mail ;) Bonne continuation, je continuerai à suivre ce blog!



L'épopée littéraire 20/06/2011 17:35



Bonjour Alix !


Merci pour ces compliments, ils me font bien évidemment très plaisir. Quand ta lecture ( oui, tutoyons-nous ! ) de 1984 sera terminée, tu pourras venir en reparler sur cet article. Je
suis curieux de découvrir d'autres points de vue.


Je ne suis inscrit ( pas de e final ;) ) sur aucun forum, je les ai déserté depuis pas mal de temps déjà. Je me plaisais parmi ces communautés, et puis j'ai décidé de migrer en solitaire sur un
blog. Comme ça, je n'ai aucun engagement, je ne promets rien à personne, je peux poster à mon bon vouloir ! J'ai parfois des problèmes de temps, ceci expliquant cela...


Tu sais, tu trouves forcément du temps pour alimenter un blog. Je n'ai pas énormément de messages, ce qui fait que c'est encore gérable.


Bonnes lectures, au plaisir de te "revoir" ici :)



Catherine 30/05/2011 15:46


J'ai beaucoup aimé ce livre, mais il me semble que je n'ai jamais vu le film...


L'épopée littéraire 31/05/2011 15:55



Je pense que c'est le moment où je dois te conseiller fortement de le visionner ! Je l'ai vu en streaming sur Internet, il y a certes une limitation de temps, mais ça
reste relativement accessible. N'hésite pas et fonce !



Luna 30/05/2011 09:46


J'adorais ce livre quand j'étais petite ! C'est le premier livre de SF que j'ai lu... Je crois que je me souviendrais toujours de la tête de mon maître d'école quand il avait découvert ce que je
lisais !
Merci d'être passé :)


George 28/05/2011 14:30


J'ai lu ce roman il y a longtemps et j'ai très envie de le relire !