Chapitre III : Matilda, Roald Dahl

Publié le 18 Mai 2011

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« A l'âge de cinq ans, Matilda sait lire et a dévoré tous les classiques de la littérature. Pourtant, son existence est loin d'être facile, entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d'une franche malhonnêteté. Sans oublier Mlle Legourdin, la directrice de l'école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable... »

 

 

 

 

 

 

 

J'avais visionné l'adaptation de Danny DeVito quand je n'avais pas encore atteint la dizaine d'années, et j'avais été totalement séduit par l'histoire. C'est sur ce très bon souvenir que j'ai décidé il y a quelques temps de me replonger dans l'univers de Dahl.

 
Une adorable petite dévoreuse de livres


 
Avec sa drôle de bouille et son cerveau de génie, Matilda est une petite fille irrésistible au naturel désarmant qui vit dans un monde qui ne la comprend que trop peu. « Si englués dans leur existence stupide », narre l'adaptation de Danny DeVito, ses parents, s'ils s'étaient intéressés davantage à Matilda, « se seraient rendus compte que c'était une enfant tout à fait extraordinaire ». L'ignorance de sa famille la pousse à apprendre dès ses plus jeunes années à être autonome et parfaitement indépendante. Sa curiosité et sa soif d'apprendre la mèneront dans l'antre de la littérature, là où l'âme des livres est conservée : la bibliothèque municipale. Cette magnifique découverte entre les livres et la jeune fille apprivoise le coeur du lecteur, et se révèle être une ode à la littérature, un traité condamnant l'abrutissement et la sottise – fermement représentés par M. et Mme Verdebois, deux êtres absolument exécrables.
 
L'affreuse famille Verdebois
 
« Matilda aurait sincèrement voulu que ses parents fussent bons, affectueux, compréhensifs, honnêtes et intelligents. Qu'ils ne possèdent aucune de ces qualités, il fallait bien qu'elle s'y résigne, mais ce n'était pas de gaieté de coeur » (page 53).

Entretenant la doctrine de l'obscurantisme, ce couple cocasse et pittoresque s'affirme comme le fervent défenseur des émissions télévisuelles, nourrissant une haine indéniable contre l'éducation de l'esprit. Ces personnes détestables provoqueront chez Matilda, sans même en être conscients, le seul pouvoir qu'elle put exercer contre eux : celui de l'intelligence.


Le chapeau et la superglu, le fantôme, la teinture blond platine et autres péripéties

  

Les petites bêtises et les subtiles vengeances de l'ingénieuse fillette feront son quotidien et la joie des lecteurs. Ce combat entre "nature" et culture donne naissance à un enseignement fort intéressant pour les plus jeunes, que Roald Dahl s'évertue à nous livrer : la littérature est une activité noble, et les contes ne sont pas des oeuvres réservées qu'aux plus jeunes.

 

 

 

 

Les différentes rencontres sont l'occasion pour l'auteur d'agrémenter son récit de faits nouveaux et d'histoires terrifiantes - à l'image de la truculente anecdote de l'étouffoir. Ces personnages contrastés permettent à l'auteur de différencier le bien du mal, et de brosser dans le même temps le portrait de personnages aux traits aussi fous que singuliers. L'exemple de Mlle Legourdin, la terrible directrice de son école, est très significatif :

 

« Soudain la gigantesque silhouette de la directrice avec sa robe sanglée à la taille et sa culotte verte apparut dans l'encadrement de la porte » (page 153).

 

Roald Dahl s'amuse à manier qualités et défauts comme l'on peint un tableau, possède l'art d'enjoliver la réalité et d'égayer certains aspects de ces personnages hauts en couleur. Ce conte est assurément une manière pour l'auteur d'acheminer sa morale, et de nous la livrer dans une fresque d'ensemble tout à fait subjuguante.

 
Mademoiselle Candy

Sa plume est une arme, qui se fait à la fois tendre et acerbe, incisive et élogieuse. Il parvient même à esquisser le sentiment de pitié face à l'histoire tragique de Mlle Candy. Le lecteur se rend alors compte de l'extrême solitude de Matilda, qui trouve dans le passé de son institutrice des éléments communs au sien. Toutes deux se porteront assistance, l'une trouvant la situation de Matilda regrettable, l'autre pensant que Mlle Candy n'a jamais mérité pareils traitements. Quand la vivacité d'esprit d'une jeune fille et le lourd secret d'une institutrice se rencontrent, cela forme un couple étonnant et attendrissant à la fois.

Matilda a une idée

Le lecteur perçoit aisément la volonté de l'auteur de présenter progressivement le contexte et les personnages. L'histoire qui traîne en longueur pourrait apparaître pour certains comme une lacune de Roal Dahl, d'autres - comme moi -, ne verraient là qu'un désir implicite de repousser les limites du conte et d'instaurer un suspense palpable. Pas de mégarde là-dedans : la sempiternelle fin heureuse ne peut s'imposer dès les premières pages. Matilda met ses qualités intellectuelles et ses dons au profit d'une entreprise désespérée, contre un "personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implaccable" (quatrième de couverture).
 

Les derniers chapitres sont exquis, la chute étonnante, Roald Dahl parvient à mener le lecteur en bateau mais n'échappe pas à cette éternelle fin heureuse - que le lecteur attend malgré tout, comme une conclusion logique à une situation inextricable. Et c'est ainsi que le lecteur parvient à être attendri malgré une fin prévisible. Aux petits et aux grands : gardez votre âme d'enfant. Dans tous les cas, Matilda, moi, eh bien je l'aime bien. Voilà, c'est dit. 

Rédigé par L'épopée littéraire

Publié dans #Romans

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? 20/11/2013 18:53

OUI

lola300s 10/10/2013 18:09

salut sa va

Ameni 28/05/2011 13:37


Si je suis devenu un lecteur assidu, je dois aussi en remercier Roald Dahl, ses livres ont bercé ma jeunesse !(Et ensuite aussi avec les multiples relectures)
Ca fait plaisir de voir un billet sur un de ses livres ! J'avais aussi beaucoup aimé Matilda, et ayant vu le film ensuite je l'avais trouvé à la hauteur du livre.

Je n'en reviens pas du commentaire de votre libraire =)


L'épopée littéraire 28/05/2011 14:02



J'ai toujours raffolé de ce genre d'histoires contées avec simplicité. Sous une apparente légèreté, Dahl parvient à nous transmettre une critique acerbe de notre société. C'était également le
credo de La Fontaine : sous l'air enfantin de la fable, il dénonçait l'hypocrisie des grands et des puissants, les hommages flatteurs, la soumission piteuse, les sots et les lâches, etc. Quel
talent :)



Luna 26/05/2011 14:05


J'adore ce livre ! Un grand classique jeunesse...A lire !
Merci d'être passé :)


readviewed 25/05/2011 20:34


C'est que mon âge au gré des saisons sur skyblog! :p