Chapitre IX : Chroniques de la haine ordinaire, Pierre Desproges

Publié le 27 Juin 2011

 
 
Pierre Desproges, c’était une envie de lecture motivée par Le Tribunal des flagrants délires, une émission conçue sous la forme d’un tribunal dans lequel des personnalités appartenant à tous les domaines artistiques ou politiques étaient invitées à comparaître. Mais un tribunal présidé par Claude Villers, un procureur de « la République Desproges française » représenté par un humoriste, et un avocat nommé Luis Rego, peuvent-ils réellement faire bon ménage ? Chroniques de la haine ordinaire, ce bouquin rédigé d’une main d’artiste par un Pierre Desproges à la vanne facile et blâmant plus vite que son ombre, est un tribunal supplémentaire, corrosif et satirique à souhait.

 
.2, le plus portable des livres

Mais Chroniques de la haine ordinaire est également un prétexte alliant l’utile à l’agréable pour découvrir le format .2 - celui que je ne voulais pas acheter, jugeant que les prix n’étaient pas assez abordables. Eh bien, pas de surprise, j’ai craqué. Ce tout nouveau format, présenté comme une révolution dans une vidéo parodique, est l’occasion de me frotter à Desproges et de « toucher » un peu du .2. Je suis agréablement surpris, tant par le format qui peut facilement être glissé dans une de vos poches (« le plus portable des livres », clame le site internet), que par le papier utilisé, plus léger, plus lisse, plus agréable au toucher… mais malheureusement plus fragile. Le format permet de rogner sur les marges, de condenser un Proust dans un .2 tout en offrant un véritable confort visuel. Que demande le peuple ? L’autre atout majeur est celui de la praticabilité, puisque le .2 peut rester ouvert sans avoir besoin d’y mettre les deux mains, de plier le livre ou d’inventer un stratagème férocement inutile.
 
Souplesse, gain de place et solidité, le site internet vantait les mérites « d’une révolution du papier », je crédite partiellement leurs propos et invite les papivores à en acheter un exemplaire. Petit bémol, cependant. Le prix... puisqu’à chaque centimètre de perdu, un euro semble s’être additionné. Il vous faudra encore attendre quelques années pour que cette tendance au format ultra-poche se démocratise. L’autre nuance que je voulais apporter est liée aux mots utilisés dans la vidéo promotionnelle, qui présente le .2 comme une révolution en marche de notre livre papier. Révolution je ne crois pas, mais évolution, peut-être. N’ayez crainte, le livre de poche, celui que Giono considérait comme « le plus puissant instrument de culture de la civilisation moderne »,  ne va pas disparaître de si peu. Ce n’est pas son sens de lecture à 90° qui va faire de l’ombre au géant de poche.
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Chroniques de la haine ordinaire

Venons-en au billet sur le livre Chroniques de la haine ordinaire. Pierre Desproges possède assurément une écriture acide, piquante, parsemée de nombreuses références qu’il distille au creux de ses pages, au détour de ses chroniques. Ses références mettent le doigt sur des lacunes et des difficultés de compréhension pour ceux qui n’ont pas eu la chance de connaître cette époque des années quatre-vingt. Les faits politiques, les événements et les scandales propres à cette décennie sont parfois délicats à percevoir, tant Desproges joue sur le tacite et les possibilités langagières.

Du gros mot à la boutade salace, l’animateur n’a pas peur de manquer de bon goût et s’octroie quelques petits plaisirs syntaxiques. Son vocabulaire richement imagé et les trésors d’imagination qu’il déploie afin de varier ses chroniques permettent de ne jamais lasser le lecteur ou l’auditeur potentiel, tant il sait être acerbe et hautement ironique, rôdant très souvent aux frontières de la cruauté et de la méchanceté. Il sait bien souvent se blottir dans un entre-deux savoureux, entre blâme et sarcasme, pour fustiger les fonctionnaires, les speakerines et autres célébrités d’un soir, les auditeurs d’un jour, le cancer (encore et toujours lui), les journaux télévisés, les grévistes, les jeunes et le fil rouge autour des portions de crème de gruyère. A chaque chronique sa cible.

   
En bref

Le style très alambiqué est savoureux, les mots chantent et font déchanter les victimes de cet humoriste à la dent dure. Faisant preuve d’un humour noir, grinçant à souhait, qu’il allie à des facilités littéraires indéniables, il aborde d’autres thèmes atemporels, comme ceux de l’antisémitisme, du terrorisme, des hypocrisies gouvernementales, des misères de l’actualité qu’il revisite librement et de la faim dans le monde, de Dieu… bref, tout y passe et y trépasse. On pourrait simplement lui reprocher le fait d’être abusif et tendancieux. Mais on le pardonne facilement. En bref, une réussite pour Pierre Desproges et le .2.

Rédigé par L'épopée littéraire

Publié dans #Satires

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