Chapitre VI : Le Parfum d'Adam, Jean-Christophe Rufin

Publié le 31 Mai 2011

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Pologne, printemps 2005. Juliette, jeune française, libère des animaux de laboratoire. Cette action militante va l'entraîner au cœur de l'écologie radicale... Des territoires indiens d’Amérique aux ghettos pour milliardaires du Lac Léman, ce roman explore le monde de l'écologie radicale constituant selon le FBI la deuxième source de terrorisme mondial. L'écologie en France est considérée comme une cause acquise et sympathique. Pourtant au niveau mondial, l'écologie radicale constitue selon le FBI la deuxième source de terrorisme.
 
Bercé par les prophéties apocalyptiques finement orchestrées par le cinéma américain, j’ai eu l’envie de vous faire partager une vidéo qui cerne nos problèmes écologiques, et dont je ne me suis jamais lassé de visionner. Il ne s’agit pas de jouer les Cassandre, mais de rester pragmatique et de constater que les Hommes du XXI° siècle ont face à eux un défi écologique de grande ampleur, auquel ils doivent à présent tenter de répondre. Mais allier les économies aux chimères environnementales ne paraît pas être la priorité. Avarice, pouvoir et argent sont les leitmotivs d’une société qui n’a que faire de ces « préoccupations futiles ». De bouleversements écologiques en asservissement des espèces animales, l’éradication de notre écosystème est une téléréalité qui passionne les foules sans toutefois soulever les masses.
 
C’est cette constatation cinglante que théâtralise Jean-Christophe Rufin dans son Parfum d’Adam. Sept cent pages de pur délice, de bouffée d’oxygène et de picotements au cœur qui vous rappellent vos utopies profondes et vos espoirs d’un « monde meilleur ». Si le lecteur sceptique peinait encore à se figurer l’expression « dévorer un bouquin », Le Parfum d’Adam fait de cette image une réalité triviale que les fins gourmets peuvent apprécier à sa juste valeur. Je n’avais encore eu sous la dent aucun roman traitant des dérives d’ordre écologique. Et pourtant, c’est une radicalisation de l’écologie que met en scène Jean-Christophe Rufin dans ce bouquin : le lecteur est happé par une histoire haletante qui dépeint une lutte écologique au cœur même d’une confrérie secrète. Alphonse Daudet ne disait-t-il pas que « la gourmandise commence quand on n’a plus faim » ? J’étais littéralement repu d’une entrée (en matière) exquise quand je fus victime d’un envoûtement qui charma mes sens et me procura l’irrépressible envie de continuer dans les sentiers battus de l’écologie.
 
Mais Le Parfum d’Adam n’est pas un roman quelconque, au sens péjoratif du terme. Il vous entraîne dans les favelas brésiliennes – la pauvreté étant l’un des thèmes centraux de ce livre – et dans les lieux les plus arides de la planète, et pousse les limites d’un courant écologique que l’on a toujours connu comme étant pacifique. C’est en confrontant le lecteur à la misère humaine qu’il peut mieux souligner la bêtise et la lâcheté de tous ceux qui se refusent à à s’y intéresser. L’écologie et la pauvreté ont des destins liés dans ce bouquin : quand la Terre se meurt, certains fous à lier perçoivent dans le choléra l’unique opportunité de décimer les deux milliards de personnes les plus fragiles, louant les vertus d’une pandémie pour régler la question d’une surpopulation responsable – selon eux – de bien des torts. Un personnage dans ce livre vante les mérites d’une idée si barbare : le développement des pauvres serait comme un coup de hache dans le tronc d’un arbre.
 
Le repas du lecteur devient très rapidement écœurant. L’indécence règne. Ce lecteur, eh oui, toujours lui, est valdingué d’Europe en Amérique, d’Afrique en Asie, il fait le tour du globe en sept cent pages et découvre des cultures innombrables. Une évidence se fait jour, lumineuse de simplicité, comme celle de faire le choix d’un dessert léger et digestible au lieu de se ruer sur des gaufres que vous regretteriez amèrement. Un SAVE THE WORLD ne vaut pas dix pauvres de tués – quand bien même nous ferions l’analogie entre le développement des pauvres et les souffrances infligées à la nature. N’en révélons pas plus, je veux vous laisser le plaisir de la découverte.
 
Jean-Christophe Rufin est doté d’un humanisme incroyable qu’il nous lègue au travers de cette œuvre, par des descriptions d’une nature grandiose. Il chante les louanges de notre planète avec un lyrisme époustouflant et fait le pari d’une alliance entre nature et culture. Il nous prouve ainsi que les desseins pécuniaires de l’Homme doivent laisser place à la préservation de notre environnement. Le Parfum d’Adam sonne comme un coup de glas sur nos consciences nouvellement réveillées.

 
Je voulais relier ce livre au discours de Severine Suzuki qui prit la parole au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 – alors âgée de douze ans. L’une des phrases les plus marquantes est celle qui reflète le plus son âme d’enfant et ses positions écologiques louables : « Bien, ce que vous faites me fait pleurer la nuit […] Faites que vos actions reflètent vos mots ».

Rédigé par L'épopée littéraire

Publié dans #Romans

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Catherine 03/06/2011 21:03



Ce que j'en pense ? de la vidéo ?


Intéressant, mais c'est comme de lancer un pavé dans la mare, ça éclabousse et puis on se nettoie, on nettoie (ou on jette) les vêtements...


Moins de 20 ans après, on est plus de 2 milliards d'humains supplémentaires, les choses ont empiré (et pas seulement à cause du nucléaire)...


J'ai lu que l'adolescente est maintenant une femme mariée et a des enfants, j'espère qu'elle a gardé ses convictions et que ses enfants (ainsi que d'autres) prendront le relais.



Catherine 02/06/2011 15:20



C'est marrant, mes collègues ont parlé de cette vidéo hier ou avant-hier !


J'avais aussi beaucoup aimé ce roman, un thriller atypique qui dénonce le terrorisme écologique, mais pas que.


Bon long weekend !



L'épopée littéraire 02/06/2011 16:42



Et du coup, tu en penses quoi ?


Quant au roman, je pense que Jean-Christophe Rufin est devenu un gage de qualité. De plus, c'est le plus jeune membre de l'Académie française, c'est un écrivain avec beaucoup de talent. Je ne
suis jamais déçu avec lui.


Aaah, bon week-end ! Et quel week-end !



Laeti (histoires-de-livres) 02/06/2011 12:14



Très belle chronique! par contre, ce livre ne me tente pas du tout ;(