Chapitre VIII : L'Élégance du hérisson, Muriel Barbery

Publié le 10 Juin 2011

Toute la semaine j'y ai réfléchi, toute la semaine je me suis retrouvé dans un paradoxe indépassable - attention, il s'agit là du gros paradoxe, celui qui vous hante la journée, vous empêche de sombrer dans les bras de Morphée et vous fait regretter très rapidement d'y avoir pensé. J'ai été pris de remords à l'idée de ne pas vous avoir présenté un livre coup de coeur, une perle livresque dégustée avec ravissement il y a de cela quelques années.
 
L'Élégance du hérisson est l'un de ces bouquins pour lesquels vous vous surprenez à ralentir la lecture pour mieux savourer chaque mot de l'auteur. Mais l'élégance du hérisson est avant tout un souvenir intense dont la réminiscence n'a jamais cessé de me charmer. Et c'est pour cette raison que je souhaite ne pas en altérer l'impression première.
 
Alors j'inaugure une nouvelle rubrique de ce blog, le "chronique-moi en cinq minutes". Le principe est simple : je reprends en quelques mots des lectures passées, et en quelques minutes il me faut concentrer toute ma verve pour vous convaincre de les lire ! Barbery ouvre la marche.
 
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L'Élégance du hérisson est l'un de ces livres qui trône sur les étalages des magasins et qui titillent votre curiosité. Eh oui, je l'ai acheté sans avoir aucune idée de son contenu... et je n'en ai pas été déçu. Ce livre est un plaisir à lui seul, drôle, captivant, grinçant et intelligent à la fois, il capte toute votre attention et vous fait culpabiliser de l'avoir dévoré à vitesse grand V.
 
L'oeuvre de Muriel Barbery place le lecteur au carrefour d'une rencontre entre deux personnages antinomiques - en apparence, du moins. Renée, cinquante-quatre ans, représente l'archétype de la concierge modèle. Veuve, petite, laide, grassouillette comme elle se plaît à l'énoncer, elle se cache derrière le rôle que la petite bourgeoisie attend qu'elle prenne. Concierge d'un bel hôtel particulier, elle représente l'insignifiance d'un corps de métier rabaissé par des préjugés. C'est dans ce cercle très élitiste d'une bourgoisie méprisable que Paloma, petite fille à la bouille angélique et au caractère bien trempé, peine à se reconnaître dans un monde qui l'emprisonne.
 
Il est difficile de s'identifier à l'un ou à l'autre personnage, représentant tous deux les extrêmes de la société. Mais le coeur du lecteur ne peut s'empêcher de pencher vers l'un ou vers l'autre. Leurs personnalités sont agréables et promettent la mise en place d'une histoire d'une extrême limpidité, sincère envers le lecteur. L'auteur agrémente ce cocktail efficace par des digressions philosophiques, qui ne m'étaient pas forcément accessibles à l'époque (et d'après le souvenir que j'en ai), mais qui contrastent avec les scènes de vie quotidienne.
 
Ce bouquin aborde des sujets trans-générationnels et donne une large critique de notre société. La dégaine de cette "bonne concierge", celle invisible aux yeux de tous, détonne avec son intelligence remarquable, aux antipodes du jugement préconçu. Raffinement de l'âme, le lecteur est aux anges. Et l'oeuvre, tragique à souhait, ne va pas sans morale : "Madame Michel, elle me fait penser à un petit hérisson. A l'extérieur, elle est bardée de piquants. Mais moi j'ai l'impression qu'à l'intérieur, elle est aussi raffinée que ces petites bêtes farouchement solitaire".
 
Ce livre est une merveille de réflexion et d'humilité. Derrière chaque corps de métier peut se cacher des activités littéraires clandestines, et un intérêt certain pour la littérature. Une belle leçon de vie qui malmène les clichés et les étiquettes d'inculture que l'on appose sur une France populaire.
 
Je vous encourage VIVEMENT à regarder l'adaptation cinématographique intitulée Le Hérisson.

Rédigé par L'épopée littéraire

Publié dans #Romans

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S.Ecriture 01/08/2013 10:42


J'ai trouvé justement que le film ne reprenait pas assez l'aspect philosophique et littéraire du livre. C'est beau certes, c'est émouvant oui, mais c'est moins porté sur
l'esprit.

S.Ecriture 29/07/2013 16:58


J'ai été ravie de cette lecture : le style, la forme à double narration et aussi les personnages attachants... Tout m'a plu mais j'ai été un peu déçue par le film.

L'épopée littéraire 30/07/2013 19:14



J'ai pour ma part adoré le film, il conservait cette même atmosphère lente, ce sentiment de paralysie tout au long du bouquin : il ne se passe rien, et pourtant un petit quelque-chose nous
accroche, nous fait tenir jusqu'au bout, jusqu'à la scène finale où se déroule un événement dramatique. Le personnage de Renée dans le film me faisait plus de peine que celui du livre. Les
pensées consolaient dans le livre, ses idées noires étaient masquées par un florilège de petites réflexions philosophiques savoureuses; ce qui n'était pas évident à retranscrire dans le film, qui
laissait putôt entrevoir la tristesse de la concierge.



Marie 24/06/2011 14:33



Moi aussi je l'ai lu plusieurs fois. C'est un livre magnifique qui m'a beaucoup touché. J'avoue un certain penchant pour le personnage de Renée, peut-être parce que j'ai eu l'occasion plusieurs
de ses pendants masculins.



L'épopée littéraire 27/06/2011 11:37



Je n'arrive jamais à choisir entre les deux personnages principaux. Alors oui, ils sont stéréotypés à souhait, Renée ne croit plus en elle depuis bien longtemps, et Paloma est une petite fille
très intelligente qui, elle, ne croit plus en son entourage. Mais c'est ce qui fait la force de ce bouquin : L'Elégance du hérisson penche des deux côtés de cette balance dominée par les
deux points extrêmes, ces deux personnages aux caractéristiques uniques. Mais leur association redonne un certain équilibre. Je trouve que Renée est un exemple de courage et de beauté. Au plaisir
de discuter :)



Pierre L. s 16/06/2011 19:42



Tu m'encourages non pas à le lire, mais à le re-re-re-relire, ce ne sera jamais que la quatrième lecture. Je te rejoins tout à fait, c'est un merveilleux livre, peut-être un peu trop pédagogique
parfois, mais comme dirait un certain prof', l'ensemble est de très " bonne facture" .  :)



L'épopée littéraire 17/06/2011 12:00



Hasard du calendrier, après notre discussion d'hier, j'ai décidé de re-re-re-regarder le film, et surprise, la petite fille parle du 16 juin comme le jour de son anniversaire... et de sa mort.
Hier, nous étions le 16 juin. Simple petite anecdote, qui m'a étonné.



Luna 13/06/2011 10:59



Encore un livre dont j'ai entendu beaucoup de bien, mais que je n'ai pas lu...


J'espère que ce sera pour bientôt !


 


Pour ton projet : je trouve que c'est une très bonne idée, mais je ne sais pas si je vais pouvoir y participer, vu que je dispose de très peu de temps... Que comme je travaille cet été, j'ai plus
beaucoup de vacances et que du coup, je préfère faire tout ce que j'ai mis entre parenthèse cette année plutôt que de lire, et bien sur, après les études recommencent, et vu qu'il ne me reste
plus qu'une chance pour médecine, va falloir que je bosse très très dur...


Alors, à moins que tu projètes de le faire en 2012-2013, ça risque d'être très difficile pour moi...


J'espère par contre que tu auras pas mal de participants, parce que l'idée est vraiment très sympa !


Merci d'être passé et bonne semaine :)



L'épopée littéraire 17/06/2011 11:59



Il n'y a aucun problème à cela. Mais si jamais finalement tu as le temps, n'hésite pas à me prévenir.