Chapitre I : L'attentat, Yasmina Khadra

Publié le 5 Août 2010

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« Dans un restaurant bondé de Tel-Aviv, une femme fait exploser une bombe qu'elle dissimulait sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, Israélien d'origine arabe opère à la chaîne les innombrables victimes de cet attentat atroce. Au milieu de la nuit, on le rappelle d'urgence à l'hôpital pour lui apprendre sans ménagement que la kamikaze est sa propre femme. Il faudra l'audace rare de Yasmina Khadra pour oser aborder un tel sujet. Dans ce roman extraordinaire, on retrouve toute la générosité d'un écrivain qui n'en finit pas d'étonner par son imaginaire et son humanisme. »
 
 

Le premier chapitre de l'histoire met tout de suite le lecteur en condition. Nous voici plongés dans la société du XXIème siècle, au rythme des explosions et des guerres de religion. Cette histoire, qui pourrait être celle de romans d'anticipation, est une réalité bien connue des journaux à sensation et des médias avides de catastrophes. Mais se cachent derrière ces actes meurtriers des revendications pour la liberté et un combat sans merci entre des peuples qui, d'obus en explosions, constamment s'entre-déchirent.

Le roman propose plusieurs contrastes cinglants : alors que le lecteur est confronté dès les premières lignes à l'horreur personnifiée, l'auteur nous conte le portrait d'un jeune homme brillant qui exerce la profession de chirurgien. C'est par ces quelques mots que le personnage principal est décrit, et rattaché au chaos d'un univers qui ne fait pas de cadeau :
 
"Dès ma première année universitaire, j'avais mesuré l'extrême brutalité du parcours qui m'attendait, les efforts titanesques que je devais consentir pour mériter mon statut de citoyen à part entière. Le diplôme ne résolvait pas tout, il me fallait séduire et rassurer, encaisser sans rendre les coups, être patient à perdre haleine à défaut de perdre la face. A mon corps défendant, je m'étais surpris en train de représenter ma communauté. Dans une certaine mesure, il me fallait surtout réussir pour elle. Je n'avais même pas besoin d'être mandaté par les miens ; le regard des autres me désignait d'office à cette mission ingrate et félonne."
 
Le personnage évolue au contact d'un peuple qui n'est pas le sien : le roman se base sur la haine, le sang et le combat désespéré d'une nationalité envers une autre. Un israélien chez les palestiniens, le contraste est flagrant et dresse le tableau saisissant d'une histoire meurtrière.

Cet homme d'une grande banalité voit le sol se dérober sous ses pieds lorsqu'il apprend qu'une attaque terroriste à la bombe, effectuée en plein centre de Tel Aviv, a été exécuté par sa propre femme. Amine, le personnage principal que l'on suit tout au long du roman, va découvrir le corps déchiqueté de la kamikaze, le carnage provoqué par cette belle inconnue qui, auparavant, a partagé sa vie. Le lien si proche que le lecteur a avec ce personnage, un lien basé sur la pitié et la compréhension, va lui faire vivre la déchéance d'un homme qui se fourvoie sur un chemin qui ne mène nulle part.
  

"Comment n'avoir rien vu venir ?" De ce questionnement qui deviendra sa philosophie de vie, il part en quête de réponses sensées être conservées dans le secret absolu d'activités militantes. Et pour cause, c'est tout l'Orient qui gardera le serment de cet attentat et qui fera le deuil d'une femme qui, pour la "liberté de son pays et le respect de son peuple", se sera sacrifiée dans le plus horrible des actes.
 
C'est un livre absolument poignant qui ne laissera pas une seule seconde de répit au pauvre lecteur. Pauvre lecteur, tu seras transballé de part et d'autre de la frontière israëlo-palestinienne, au centre même d'un enfer qui naît sous le soleil ardent d'un pays si proche de l'Occident. On y voît les atrocités commises au nom d'Allah, la haine éternelle entre deux peuples, les peurs et souffrances de familles souillées du sang de l'homme et rongées par le mépris de l'autre ; et surtout un contexte où se rejoignent l'obscène et le monstrueux. Mais c'est avant tout une leçon de vie qui condamne l'indifférence et l'inégalité, et qui unit dans un même livre le passé meurtier de deux ennemis jurés.

En quelques mots

L'attentat traduit les affres d'un pays rongé par la terreur, et par la brillante plûme de son auteur, dévoile un roman sur fond de terrorisme.

Rédigé par L'épopée littéraire

Publié dans #Romans

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Quichottine pour Azacamopol 02/06/2011 22:51



J'ai hésité à déposer ce message sous ce premier billet, mais comme c'est l'usage je le fais. Je serai ce faisant tou à fait hors sujet et j'espère que tu voudras bien m'en excuser.


Tu as déposé à la porte de la Petite Fabrique d'écriture le message suivant : "Parce que nous sommes nombreux sur cette plate-forme à aimer la même chose : la littérature. Partageons-la. Au
plaisir de discuter et d'échanger en votre compagnie"


C'est une bonne raison de t'y accepter.


Bienvenue dans la communauté.



Laeti (histoires-de-livres) 02/06/2011 12:11



Merci de ton passage sur mon blog! Moi aussi, je te mets en favori!


Ce livre, il faut que je le lise, bien que le thème soit lourd, il m'intéresse! J'ai lu "Ce que le jour doit à la nuit" et j'avais beaucoup aimé. Alors je vais renouveler l'expérience!



L'épopée littéraire 02/06/2011 17:10



Il a sorti récemment un autre bouquin, L'Olympe des infortunes, qui me plairait beaucoup. Je pense aussi renouveler l'expérience ;)



Luna 31/05/2011 10:33


Tu étais sur skyblog avant toi aussi ?
Perso', je ne regrette pas d'avoir changé : ici les gens ne sont pas à la chasse aux comms ni aux amis, et du coup, ils prennent vraiment le temps de te lire... C'est très agréable !
Merci d'être passée :)


L'épopée littéraire 31/05/2011 15:54



Exactement. Mon blog est encore ouvert, je vais le fermer très prochainement car je n'ai plus beaucoup de contact sur cette plate-forme. Cette course au commentaire et les nouvelles
fonctionnalités imposées par Skyblog sont des freins à la qualité, selon moi. J'ai donc migré, et je ne le regrette pas du tout !



Yv 28/05/2011 13:40


Un roman qui marque par la descente de cet homme qui croyait avoir réussi à se hisser au plus haut malgré ses origines. La descente, que dis-je, la chute...


L'épopée littéraire 28/05/2011 14:13



La chute d'un homme, mais de tout un peuple, finalement. Comme je le disais à Luna récemment, on a jamais eu accès à ce genre de récit auparavant : les journaux télévisés se refusent à explorer
les "coulisses" du terrorisme, ce qui est bien dommage. Ca permettrait notamment de montrer que musulman n'est pas islamiste/terroriste, et que les familles - comme en Occident - pleurent
elles aussi leurs morts.


Merci de ton passage.



Luna 24/05/2011 18:42


"L'attentat" de Yasmina Khadra est un sacré bouquin. Du genre qui prend au trip, qui nous touche, bien qu'en France, on ne soit pas vraiment confronté à ce "genre de problèmes"... Mais d'un autre
côté, ça ne se passe pas très loin de chez nous.
"L'attentat" nous rend plus attentif à ce qui nous entoure, nous sensibilise à ces guerres dont nous ne nous sentons pas "concernés".
Ce n'est pas pour autant un livre vraiment sombre et certainement pas "gore", on y parle surtout beaucoup de sentiments. Cela dit il se passe beaucoup de choses graves dans ce livres, mais la façon
dont ces thèmes sont abordés dans ce livre change du commun... ce qui nous touche d'autant plus au cœur... A lire !

D'ailleurs, si ça t'intéresse, je viens de publier mon avis sur ce livre sur mon blog...
Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!