Real Humans : épisodes 3 & 4

Publié le 13 Avril 2013

image-1

 

Il est parfois difficile d'intéresser l'individu moderne, tant son attention est sollicitée par de multiples tablettes numériques et autres supports technologiques. Pour preuve, 68% des internautes passent moins de 10 secondes sur un blog quelconque, et mon petit doigt me dit qu'un blog littéraire a encore moins de chance de tenir plus de 3 secondes au jugement parfois hâtif de l'Homme connecté.


C'est ce qu'il m'arrive très fréquemment avec les programmes télévisés. Noyé dans cette quantité indénombrable de chaînes et de programmes en tous genres, les titres et les quelques images publicitaires zieutés à la va-vite sont parfois les uniques recours pour m'en sortir et planifier ma soirée canapé. Et pourtant, tous les jeudis à 20h50, je n'ai pas à me lancer dans l'éternel rituel du "qu'est-ce qu'il y a ce soir à la télé ?" : je poursuis le visionnage de la série Real Humans sur Arte, celle dont je vous ai déjà parlé précédemment, Real Humans - 100% Humains, nouvelle série d'Arte.

 

Ces deux nouveaux épisodes dévoilent avec davantage de profondeur la plupart des thèmes évoqués dans les deux premiers épisodes : les relations humains-hubots se complexifient, et permettent d'aborder des thèmes jusque-là restés tacites ; la série se révéle être un réseau  encore confus et obscur pour le spectateur  d'une multitude de petites intrigues, qui viennent alimenter l'intrigue générale déjà fort complexe ; et, enfin, des rebondissements surgissent et captent en permanence l'attention du spectateur. Il n'est pas question de laisser tomber la série en si bon chemin, faites-moi confiance.

 

REAL_HUMANS_-_AKTA_MANNISKOR.jpg


Si l'intrigue générale se concentre sur la famille Engman, heureuse acquéresse du hubot Anita, de multiples autres scènes dévoilent un réseau tant sybillin qu'enchevêtré de situations faisant écho à l'intrigue générale. La présence de ce nouveau membre de la famille cache bien des mystères, tant par sa conduite presque humaine, qui pousse la nouvelle famille à la considérer comme un être humain à part entière, que par son passé que des flashs-back retracent par bribes, au cours des deux épisodes. On l'habille, on l'invite à partir en vacances, on la soulage de ses tâches ménagères, on répond même à sa demande de visiter l'endroit où elle fut achetée... Anita cherche à savoir d'où elle vient, ce qui est l'occasion de s'interroger sur la frontière de plus en plus menue entre l'humain et le robot, et sur la place qu'occupe le personnage dans l'intrigue générale.


Anita est la réponse à tout. Elle est le coeur du puzzle qui prend vie sous nos yeux, le lien entre les différentes intrigues, la clef de la vérité. Et pourtant, tous les repères du spectateur se brouillent, se confondent... que cache-t-elle derrière ces traits si lisses ? Quelque-chose viendrait-il abîmer les lignes si gracieuses de ce beau visage ? Ce qui est certain, c'est qu'Anita prend part, indirectement, au dédale de questionnements posés par les différentes intrigues de la série.


Le plus surprenant dans ces deux nouveaux épisodes, c'est ce choix marqué de la part du réalisateur d'orienter sa série dans le sens contraire des célèbres lois d'Asimov, bases presque dogmatiques de la robotique. Effectivement, Real Humans prend le contrepied des lois censées protéger les humains d'une révolution robotique et de comportements violents à leur encontre. Imaginés par les Hommes  "nous sortons de votre imagination" se plaît à le rappeler un hubot visiblement perspicace , créés pour assouvir leurs désirs, pour répondre à leurs besoins, des hubots s'affranchissent pourtant de ce pour quoi ils avaient été conçus, et révélent des comportements douteux, presque dangereux contre l'intégrité des Hommes. La série donne une nouvelle profondeur à ces "machines" qui perdent de leur dimension robotique, et que le spectateur avait presque discréditées tant elles semblaient être de simples gadgets  comme la conséquence du délire d'une poignée de scientifiques. Et pourtant, les apparences, parfois trompeuses, camouflent des desseins parfois peu glorieux : certains se prennent déjà à rêver d'un renversement des valeurs, d'un affranchissement pour acquérir une liberté totale...

 

telechargement.jpg


Le titre prend, au fil des épisodes, deux sens différents, que la révélation de certains éléments permet d'éclaircir et d'enrichir de réflexions plus profondes. Real Humans n'est pas uniquement ce questionnement sur la véritable nature des hubots  sont-ils simplement des machines ? , puisqu'il met en lumière, par l'utilisation du même nom, l'apparition d'un groupuscule nouvellement créé pour lutter contre l'existence même des hubots. Entre discussions de groupe pour s'interroger sur les démarches à suivre, compromis et radicalisation de la pensée, les "Real Humans" sont ces voix qui s'élèvent et clament leur mépris.

 

La qualité incontestable de Real Humans est le résultat d'un incroyable travail de réflexion sur les relations hommes-robots, sur les excès qui sont l'apanage de toutes les créations humaines... de certaines révolutions technologiques en apparence incroyables, naissent parfois des monstres. Et si les hubots étaient différents de l'idée qu'on s'en faisait ? Ce qui est certain, c'est que derrière cette façade de petits quartiers paisibles, se cachent des thèmes bien plus graves, que les intrigues secondaires abordent d'abord avec distance, puis avec éloquence : la violence conjugale, l'homosexualité, la radicalisation de certains individus, les "coulisses" de la technologie, l'omniprésence du sexe, etc. Tous ces thèmes d'actualité pimentent les intrigues, et permettent de lever le voile sur des zones d'ombre, avec cette même finesse que j'avais évoquée dans mon premier article. Petit à petit, la tension croît, prend de la puissance... et convainc le spectateur de poursuivre l'aventure. A jeudi prochain !

 

La phrase de la soirée :

"Mais maman, tu ne vas pas faire comme toutes ces pétasses qui habillent leur hubot ?"

Rédigé par L'épopée littéraire

Repost 0
Commenter cet article

S.Ecriture 01/08/2013 10:46


Je ne sais pas si un jour je sauterai le pas 

S.Ecriture 29/07/2013 16:53


Je dois avouer que cette série m'éffraie... J'en ferai des cauchemars avec ces robots de porcelaine... Suis-je trop impressionnable?

L'épopée littéraire 30/07/2013 19:15



Non! elle n'est pas du tout effrayante, du moins pas au début, on s'y attache finalement...



Yv 23/04/2013 16:53


Je ne te félicite pas, car suite à ton premier billet, j'ai regardé les deux premiers épisodes et maintenant, je suis bien obligé de regarder les autres, comme toi, je ne veux pas arrêter en
cours de route. comme je ne peux pas forcément le jeudi soir, le site arte replay m'est très utile.

L'épopée littéraire 23/04/2013 22:11



Ah, génial ! J'ai loupé les deux derniers, mais je les regarde très bientôt sur le site d'Arte, le Replay peut sauver des vies ! Je publierai un autre article vendredi suite aux deux épisodes qui
arrivent :)